ORGANISATION DES SECOURS DANS LES ATTENTATS

EN MILIEU URBAIN

D.JANNIERE, P. SAUVAL, M. LEJAY, C. PINEAU.

SAMU de Paris. Hôpital Necker. 149 rue de Sèvres 75743 Paris Cedex 15

 

RESUME. La réponse aux attentats parisiens de 1995 et 1996 est étudiée. Des axes de réflexions sont dégagés. Les plans de Médecine de Catastrophe doivent laisser au médecin suffisamment de latitude pour améliorer, cas par cas, la prise en charge.

 

MOTS-CLES.: Attentats, plans.

 

SUMMARY.: The emergency response to the Paris terrorits attacks are reviewed. Further discussions and thinking must be given, in order to adapt the medical response.

 

KEYWORDS. Urban terrorism, emergency response.

 

Au cours de l’été 1995 et de l’automne 1996, Paris a été frappé par une vague d’attentats. Trois d’entre eux ont donné lieu à la mise en place du Plan Rouge Départemental et du Plan Blanc des Hôpitaux de Paris. Cela ne veut pas dire que nous sommes les spécialistes de l’organisation des secours en cas d’attentat terroriste. Les pays du Moyen Orient et du Maghreb ont actuellement le triste privilège d’avoir à traiter ce problème quasi quotidiennement. Dans ces pays, l’attitude anglo-saxonne du « scoop and run » est appliquée soit parce que cela correspond à une pratique quotidienne soit par défaut de moyens médicaux sur le terrain. Le système français prévoit la mise en condition, parfois sophistiquée, du blessé avant son transport et permet au quotidien comme lors de situations d’exceptions d’améliorer le pronostic du plus grand nombre. Ceci n’est possible que parce que le nombre des blessés graves est limité et que la médicalisation est précise et massive.

 

Les plans suivent les dogmes de la « Médecine de Catastrophe ». Pourtant ces événements ne font qu’un nombre limité de blessés. Ces plans préfectoraux et hospitaliers doivent laisser au médecin suffisamment de latitude pour améliorer, cas par cas, la prise en charge.

 

Cette vague d’attentat nous a permis de réexaminer nos procédures et d’envisager une évolution des plans dans le cas d’événement exceptionnel, en milieu urbain, à forte charge émotionnelle et médiatique, comportant peu de victimes. Les blessés sont cependant graves et nécessitent une prise en charge équivalente à celle de la réanimation chirurgicale.

 

 

I - L’ALERTE

 

Elle a été précoce et le fait de témoins directs de l’événement. Elle est arrivée à la fois sur le 15, le   17 et le 18. Ceci pallie à l’absence d’interconnexion entre nos structures. Les agents de la RATP ou de la SNCF nous ont parfois appelé sur le téléphone urbain puis ont utilisé leur procédure interne. Celle-ci débouche sur les secours publics plus tardivement. Ceci valide l’idée que l’analyse directe par la régulation médicale permet d’anticiper l’envoi des moyens.

 

 

II - L’ENVOI DES MOYENS

 

D’emblée maximum grâce à l’appui réciproque des structures pompiers et SAMU, il est optimisé par l’alerte concentrique des SAMU voisins. Ainsi pour les divers attentats les moyens médicaux engagés sont les suivants.

 

 

 

Saint-Michel

Gare d’Orsay

Port Royal

Médecins

31

15

31

Anesthésites-Réanimateurs

15

7

15

Blessés

92

29

94

Urgences Absolues

17

5

12

 

Le temps moyen de traitement de chacun des événements, entre l’alerte et la dernière hospitalisation, est de 02H30. Ceci nécessite des moyens médicaux rapides et d’emblée maximum. Les critères de tri sont différents de ceux enseignés en Médecine de Catastrophe : c’est-à-dire pour les événements où le nombre de patients dépasse les possibilités de thérapeutiques immédiates.

 

 

III - L’EVOLUTION DU CONCEPT DE PMA

 

C’est la nature de l’événement qui nous l’impose. Les patients peuvent être répartis en deux   groupes :

 

1)- Les victimes valides, pas ou peu blessés, qui se mobilisent seuls et regagne spontanément la surface. Ces blessés ont besoin :

- D’un examen somatique afin de dépister les conséquences retardées d’un blast ;

- De soins psychologiques ;

- De soins médicaux simples.

 

Ils sont regroupés à la surface par les pompiers et installés dans un poste médical conventionnel. Les critères de tri usuels sont employés et les transports sanitaires sont organisés.

 

2)- Les patients non mobilisables (brûlures étendues, polytraumatismes, amputations, blast) sont traités sur les lieux même de l’événement. Chacun de ces patients est pris en charge par une équipe SMUR, traité suivant les standards de la polytraumatologie hospitalière puis dirigé et admis dans les services de réanimation chirurgicale.

 

Le traitement médical de ces quelques blessés graves précède la traditionnelle petite noria. Ceci permet la survie des urgences extrêmes. Ceci met aussi en danger les équipes médicales (sur-accident, risque toxique, etc...). La qualité des relations entre médecins et personnels de sécurité est ici primordiale.

 

 

IV - LA REGULATION DES PATIENTS DOIT ETRE RAPIDE

 

Dès l’alerte, le Plan Blanc de l’AP-HP est déclenché. Il est ensuite dimensionné après le premier bilan sur place afin que les hôpitaux ne restent pas mobilisés dans l’alerte d ’hypothétiques patients.

 

La nature des lésions est relativement répétitive et permet de préparer l’accueil hospitalier avant même d’avoir le bilan des blessés. Dès que ceux-ci sont conditionnés, ils sont adressés à des services préparés à les recevoir.

 

 

V - LES SECOURS PSYCHOLOGIQUES

 

Les militaires avaient décrit la névrose post-traumatique, nous l’avions constaté et traité en 1986 puis lors d’un certain nombre d’événements en France et à l’étranger (catastrophe naturelle, détournement d’avion, prise d’otages). En 1996 c’est la prévention du syndrome qui est à l’ordre du jour. La cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) est donc installée auprès du PMA tiède, là où sont les impliqués plus que les blessés. Une information leur est délivrée ainsi qu’une procédure pour joindre les membres de la CUMP après retour au domicile. De même la CUMP poursuivra son travail auprès des blessés graves hospitalisés dans les services de soins intensifs.

 

Au niveau des équipes médicales, la CUMP détachera un de ces membres pour assister au « defriefing ». Cette relecture de l’événement par l’équipe soignante permet d’éviter l’émergence de syndrome d’épuisement ou de véritable problème névrotique parmi les personnels. De même, la pratique d’exercices en vrai grandeur au cours des certificats d’Aide Médicale Urgente et de catastrophe permet à chacun d’être sensibilisé à ces événements exceptionnels. Le psychiatre aura pour mission de dépister les personnes à risque.

 

 

VI - L’INFORMATION DES FAMILLES

 

C’est l’autorité préfectorale qui en a la charge à partir des listes émanants du terrain (DSM) et des hôpitaux. Une nouvelle feuille de tri est nécessaire avec un ticket permettant la régulation rapide, une observation médicale confidentielle et une feuille permettant de renseigner la Préfecture.

 

 

VII - LA COMMUNICATION DE CRISE

 

Ce dernier point est essentiel. La prise en charge de l’événement est globale, la médecine y a sa place et la pression des médias sur les médecins est considérable. Le choix d’une communication verrouillée répond à des impératifs de sécurité. C’est en règle le choix des autorités sur les lieux de l’événement. Les journalistes, manquant alors d’information, risquent de se retourner vers de faux experts, des témoins douteux,... voire des montages ou des images d’archives.

 

Nous préférons une communication contrôlée, répondant à des objectifs « thérapeutiques » vis à vis de l’opinion. Il faut alors suivre quelques règles simples :

 

- Cohérence des informations : un seul interlocuteur face aux médias :

- Dédramatisait : pas d’interview sur les lieux mais dans le calme de l’hôpital ;

- Globalisation de l’intervention médicale : éviter l’exposer d’expériences individuelles ;

- Respect du malade bien sûr et de la déontologie médicale.

 

 

VIII - CONCLUSION

 

La Médecine de Catastrophe n’est pas toujours adaptée à la prise en charge d’événement limité. Une médicalisation de l’avant, une régulation rapide, la prise en charge des problèmes psychologiques et la gestion des médias sont quatre axes sur lesquels il faut réfléchir. Chacun doit donc mettre en place des procédures suivant ses moyens locaux pour gérer des événements limités bien plus fréquents que les véritables catastrophes sanitaires.